La saga Thief, pilier historique de l’infiltration furtive et habituée des ténèbres les plus impénétrables, tente un pari risqué, audacieux, et même rédempteur : celui de transformer ses mécaniques de jeu légendaires pour l’ère exigeante de la réalité virtuelle. Après un silence médiatique de plus de dix ans — une éternité dans le monde du jeu vidéo — et des attentes au couteau (et au crochetage, évidemment), Thief VR: Legacy of Shadow, disponible depuis le 4 décembre, débarque avec la promesse audacieuse d’une immersion inégalée. Le poids de l’héritage est lourd : il faut faire oublier l’opus de 2014, souvent jugé trop linéaire et maladroit, et prouver que la formule « infiltration pure à la première personne » est non seulement viable, mais sublimée par la VR. Le titre, testé et décortiqué sur PS VR2, est-il l’expérience que l’on attendait pour enfin redorer le blason de la licence ? Nous allons voir si cette transposition en VR, qui exige une interaction physique constante, est un vol de génie qui mérite sa place dans le Panthéon du genre, ou un vulgaire larcin qui aurait dû rester dans l’ombre. Préparez votre matraque, car il y a autant de moments de grâce technique et de furtivité absolue que de face-à-face embarrassants avec des gardes déroutants.
Lancé au prix de 29,99€ sur le PS Store, ce nouvel opus VR entend bien prouver que l’héritage Thief vaut largement cet investissement (le prix d’une bonne lampe torche pour vos propres escapades nocturnes), offrant une immersion physique et une rejouabilité jamais atteintes dans la série.
Je remercie chaleureusement Marianne et l’editeur pour l’envoi du code de Thief VR: Legacy of Shadow sur PS VR2 ; sans ce sésame, j’aurais dû devenir moi-même un voleur pour écrire cet article, ce qui aurait été bien moins confortable.



🪶 Le Récit : Quand la Vengeance S’accroche à la Lune de Sang
Oubliez la routine du simple cambrioleur motivé uniquement par la brillance des métaux précieux. L’intrigue de Thief VR monte immédiatement les enchères en nous plaçant dans la peau de Magpie, une nouvelle voleuse rusée dont l’agilité n’a d’égale que son passé sombre et tragique. Magpie n’est pas une simple délinquante nocturne ; elle est l’incarnation d’une justice personnelle, alimentée par une vendetta implacable contre le Baron Ulysses Northcrest. Ce dernier n’est pas seulement un tyran qui opprime la population par des taxes et une milice armée ; il est directement responsable du drame personnel de Magpie, ayant scellé son destin d’orpheline. L’enjeu est donc double : récupérer ce qui est dû à la ville, et rendre au Baron la monnaie de sa pièce (de préférence en y mettant le feu).
La quête d’informations de Magpie révèle rapidement que le Baron prépare un « projet inquiétant » de grande ampleur, nécessitant la manipulation d’un mystérieux artefact qui atteint son potentiel maximal sous l’imminence de l’éclipse de la lune de sang. Cette toile de fond cosmique et politique donne un poids dramatique aux neuf missions principales du jeu, qui ne sont pas de simples « récupérer l’objet A », mais des étapes dans le démantèlement d’une machination. La recherche de cet artefact devient le centre d’une conspiration bien plus vaste que les petites ruelles. L’histoire sert d’excellente suite directe (avec références subtiles et clins d’œil pour les puristes qui ont tout lu sur les événements de 2014), mais elle est surtout un MacGuffin sombre et bien ficelé qui nous donne une raison impérieuse d’aller nous glisser dans les demeures les plus surveillées pour tout y voler. Magpie est le Robin des Bois qui s’assure d’abord d’être riche avant d’aider les pauvres, car après tout, un bon équipement coûte cher.



🔨 L’Art du Cambriolage : Physique, Haptique et Verticalité
C’est dans son gameplay que Thief VR prouve de manière éclatante sa légitimité en réalité virtuelle. L’expérience vous force à intérioriser la discipline de l’ombre, transformant l’acte d’infiltration en un véritable test de coordination physique et de nerfs. Le filtre est brutal : la fuite est toujours préférable au duel. Tenter le combat est une entreprise suicidaire et profondément décourageante qui finit par un écran noir humiliant. Le système de combat est volontairement punitif : il faut réussir à parer trois attaques consécutives avec la matraque pour espérer riposter, et le timing de contre est si exigeant qu’il semble calqué sur la réaction d’un champion de boxe à la retraite. C’est un rappel constant, et même violent, que vous êtes un voleur fragile, pas un guerrier.
La VR transforme chaque geste, du plus anodin au plus critique, en une décision stratégique et physique :
- Le Délice Haptique et l’Interaction Fidèle : La manipulation physique des objets et de l’environnement est d’une crédibilité jouissive sur PS VR2. Le crochetage haptique est le point culminant de cette immersion : un crochet dans chaque main, vous devez effectuer des micromouvements précis et sentir la résistance. L’haptique des manettes transmet l’effort, la tension subtile de l’arc bandé, et le cliquetis satisfaisant d’une serrure qui cède. L’ouverture d’un simple tiroir n’est plus un bouton, mais un geste lent et mesuré, crucial pour ne pas alerter un garde par un bruit trop brusque.
- L’Arsenal Aérien et les Puzzles Tridimensionnels : L’arc de Magpie est la quintessence du système et la clé de votre mobilité. En plus des flèches standards (bruyantes ou neutralisantes), les munitions sont des outils de puzzle environnemental : les flèches d’eau éteignent les torches lointaines, mais surtout, les flèches tyroliennes ouvrent la voie à une verticalité stupéfiante et essentielle. Ces niveaux sont de véritables labyrinthes en 3D où les toits, les corniches, les gouttières et les conduits d’aération ne sont pas de simples décors, mais des chemins alternatifs viables. Le sens de la liberté d’approche est exceptionnel, permettant d’aborder chaque objectif selon l’angle le plus audacieux et le moins prévisible.
- L’Exploration Physique et l’Ingéniosité : Chaque pièce visitée est un mini-bac à sable d’exploration et de danger. Il faut manipuler activement les objets pour les examiner, déplacer des caisses pour bloquer une porte, ou même se tordre et s’accroupir physiquement pour trouver des leviers ou mécanismes cachés sous des tables. L’arsenal s’enrichit au fil de l’aventure, notamment avec l’artefact de scan qui permet de révéler butin et position des gardes à travers les murs pour une planification optimale, modernisant l’expérience pour le 21e siècle sans briser le sens de la furtivité.
Malgré quelques collisions hasardeuses (surtout dans les espaces exigus où l’on touche involontairement un mur avec une main virtuelle) ou une imprécision ponctuelle lors de la saisie d’un petit objet (qui vous fait perdre un temps précieux et vous met en panique), ces défauts restent frustrants mais marginaux face à la réussite globale de la jouabilité et de l’immersion.




🌫️ L’Ambiance Sensorielle : Lumière, Ombre et Silence Pesant
Visuellement et auditivement, Thief VR: Legacy of Shadow frappe fort. Le travail sur l’ambiance est le véritable point fort du titre, car il transforme l’environnement en un acteur de votre furtivité.
- La Maîtrise Visuelle et l’Obscurité : La direction artistique est sombre, capturant l’essence urbaine décadente de la ville avec ses ruelles étroites, ses demeures surchargées et ses lanternes vacillantes. Le véritable génie, c’est le mètre d’ombre intégré. Le jeu ne se contente pas de teinter l’écran : le niveau de noirceur ressenti est palpable. Le véritable génie réside dans les jeux de lumière dynamiques : l’ombre est une mécanique de survie que vous devez constamment chercher et manipuler. Chaque lanterne est un point de danger ou une opportunité. C’est un puzzle constant. Même si les limites techniques du casque (textures de second plan floues, notamment) sont perceptibles, l’effet d’ensemble sur PS VR2 est totalement immersif et parvient à créer une atmosphère pesante.
- La Spatialisation comme « Anti-Cheat » Acoustique : Dans un jeu d’infiltration, le silence est d’or. Heureusement, la spatialisation audio 3D est si précise qu’elle devient votre meilleur allié, et parfois votre bourreau. Le moteur audio vous permet d’entendre le grincement du plancher sous les pieds d’une patrouille au-dessus de vous, l’éloignement des pas sur la pierre, ou même le bruit de la respiration étouffée d’un garde derrière une cloison. L’écoute devient votre meilleur détecteur de menaces et votre principale mécanique de planification. Le moindre pas sur une surface bruyante (verre brisé, flaque d’eau) vous rappelle à l’ordre immédiatement. La bande-son, minimaliste et angoissante, s’intensifie uniquement lors de la détection. Le doublage anglais est réussi, mais c’est bien l’ambiance sonore globale qui vous fait suer et qui vous rappelle qu’ici, un pas trop lourd est une faute fatale, car dans l’obscurité, les oreilles sont les yeux des gardes.
- La Spatialisation comme « Anti-Cheat » : Dans un jeu d’infiltration, le silence est d’or. La spatialisation audio est si précise qu’elle devient votre meilleur allié, et parfois votre bourreau. Vous entendez le grincement du plancher sous les pieds d’une patrouille au-dessus de vous, ou le bruit de la respiration d’un garde derrière une cloison. L’écoute devient votre meilleur détecteur de menaces et votre principale mécanique de planification. Le moindre pas sur une surface bruyante vous rappelle à l’ordre. Le doublage anglais est réussi, mais c’est bien l’ambiance sonore globale qui vous rappelle qu’ici, un pas trop lourd est une faute fatale.

⏱️ Durée de Vie et la Malédiction de la Non-Sauvegarde
Le contenu de Thief VR est plus que respectable. Avec neuf missions principales aux décors variés, les joueurs qui se concentrent sur l’objectif verront le générique en 6 à 10 heures de jeu bien remplies. Cependant, ce jeu encourage très fortement la rejouabilité.
Les objectifs secondaires ne sont absolument pas du simple remplissage : ils consistent à récupérer l’intégralité du butin dissimulé (souvent de manière très ingénieuse) ou à trouver des secrets qui débloquent des bonus permanents essentiels pour améliorer l’arsenal ou la furtivité de Magpie. Les défis de Ghost (ne jamais être détecté) et de non-léthalité peuvent facilement doubler ce temps, car ils demandent une maîtrise et une planification presque chirurgicale. Chaque niveau est conçu pour être rejoué et exploré sous un nouvel angle, faisant de ce titre un défi permanent pour les complétionnistes et les puristes.
Mais attention, un défaut de conception archaïque et sévère vient assombrir le tableau : il est impossible de sauvegarder au milieu d’une mission. Vous avez bien lu. Si vous quittez la partie pour répondre à une urgence réelle, changer de batterie, ou prendre une simple pause-café, tout le progrès de cette mission est perdu. C’est une contrainte frustrante, totalement injustifiée dans un jeu VR moderne, et qui pénalise fortement ceux qui n’ont pas des sessions de jeu d’une heure ou deux garanties devant eux. C’est comme si les développeurs, dans un élan de sadisme pur, vous disaient : « Si vous voulez être un maître voleur, votre session de jeu doit être aussi inviolable que le coffre-fort du Baron ! Pas de pause ! ». Prévoyez donc une session bloquée, sous peine de devoir refaire intégralement le casse le plus difficile de la nuit.


🤡 L’IA : Entre Génie et Amnésie Sélective
Le plus grand plaisir coupable (et la plus grande frustration) vient de l’Intelligence Artificielle des gardes. C’est le talon d’Achille de ce titre, et le principal facteur qui brise l’immersion.
L’immersion est parfaite… jusqu’à ce que l’IA vous rappelle que vous êtes dans un jeu. Le QI des sentinelles est drastiquement incohérent, oscillant entre le génie tactique et la stupidité abyssale. D’un côté, elles suivent des routines ultra-répétitives qui facilitent grandement la planification (on pourrait régler sa montre sur leur tour de garde, ce qui est un classique du genre). De l’autre, leurs réactions face à l’alerte sont totalement imprévisibles : elles peuvent vous repérer pour un cheveu dépassé de l’ombre à vingt mètres, faisant preuve d’une vision de lynx nocturne, mais ignorer royalement un vase brisé juste à côté d’elles, se contentant d’un haussement d’épaules et d’une ligne de dialogue peu convaincue. Pire encore, lorsque l’alerte est donnée, les gardes passent en mode recherche frénétique pendant quelques secondes, puis les lumières de danger tombent en deux secondes dans un silence total, transformant les sentinelles en victimes d’une amnésie aiguë à court terme. Cette incohérence est le seul élément qui brise l’illusion de manière régulière, mais cette bizarreté oblige à une sur-prudence permanente, car on ne sait jamais si on a affaire à un détective sous amphétamines ou à un poisson rouge amnésique.



💎 Verdict final du Casse : Un Vol Qui Vaut le Coup
Thief VR: Legacy of Shadow est sans conteste une excellente adaptation de la licence en réalité virtuelle, et il mérite d’être salué comme un modèle de transposition de l’infiltration pure en VR. Le gameplay physique, la verticalité des niveaux et l’ambiance sonore immersive font de chaque mission une expérience tendue, exigeante et crédible.
Si l’IA des gardes nous a fait pester par son manque de cohérence et si la contrainte de non-sauvegarde est un choix de conception archaïque et frustrant, le plaisir viscéral de la furtivité, la richesse de l’exploration et la qualité de l’interaction physique font de ce titre un must-have absolu pour tout possesseur de casque VR. Il ne révolutionne peut-être pas les technologies de la VR, mais il réunit suffisamment de bonnes idées pour s’imposer comme un titre très solide, plein de panache et, surtout, capable de réconcilier les fans de la première heure avec la série. Voler n’est peut-être pas un art subtil pour les gardes, mais pour Magpie, et pour le joueur, c’est une sacrée aventure immersive qui vaut largement le détour.
Ce Qu’on a Volé (Points Forts)
- L’adaptation VR est brillante (crochetage haptique, manipulation physique).
- Liberté d’approche et verticalité des niveaux exceptionnelles grâce aux flèches tyroliennes.
- Atmosphère sombre et immersive (jeux de lumière et spatialisation audio chirurgicale).
- Arsenal varié qui transforme la furtivité en puzzle-game.
- Rejouabilité accrue grâce aux objectifs secondaires permanents.
Ce Qu’on a Laissé Derrière (Points Faibles)
- L’IA des gardes, incroyablement incohérente et frustrante.
- L’impossibilité de sauvegarder au milieu d’une mission, un choix pénalisant.
- Quelques bugs et imprécisions dans les interactions rapides.
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