Pendant des décennies, le flipper a été synonyme de néons clignotants, de sons joyeux et d’une saine compétition pour le meilleur score. Oubliez tout cela. A Pinball Game That Makes You Mad arrive sur la scène du jeu vidéo non pas pour vous divertir, mais pour vous poser une question simple, teintée de sadisme : à quel point tenez-vous réellement à votre sang-froid ?
Le concept même est une parodie sombre de l’enthousiasme des jeux d’arcade classiques. Imaginez la sophistication visuelle et l’interactivité d’un Pinball 2000, mais où chaque élément de la table est programmé avec une seule directive : vous nuire. Ce jeu n’est pas une simulation de table d’arcade, c’est un test psychologique déguisé en jeu de bille. C’est un parcours du combattant numérique, conçu pour vous faire chuter et, surtout, vous faire enrager, dans la pure lignée du génie sadiquement inspirant de Bennett Foddy et de son chef-d’œuvre de la frustration, Getting Over It. Le contrat est clair : plus vous vous approchez du but, plus la chute sera dévastatrice.

👆 La Simplicité Perfide du Désespoir
Ce qui rend A Pinball Game That Makes You Mad si diaboliquement génial, c’est l’asymétrie totale entre la simplicité de son interface et la complexité de sa malveillance.
Un Doigt, Une Obsession
Le jeu tient sa promesse minimaliste : il peut être joué avec un seul bouton (ou même un seul doigt sur mobile). Un appui pour l’action, et c’est tout. Cette simplification radicale de la jouabilité est le premier piège tendu à votre égo. On se dit : « Un seul mouvement ? Je gère ça les yeux fermés. » C’est là que l’on se trompe lourdement. Ce bouton unique contrôle le ou les flippers cruciaux pour votre progression, vous obligeant à transformer une simple pression en un acte de précision chirurgicale basé sur le timing et la gestion de la physique.
La bille titulaire doit être propulsée à travers un dédale d’énigmes spécialement conçues pour l’univers du flipper. Oubliez les combos aléatoires. Ce sont des puzzles artisanaux, où chaque rampe, chaque angle et chaque minuscule rebond doit être calculé. Il ne s’agit pas de score, mais d’ascension. Vous devez apprendre à maîtriser l’élan, à doser la puissance et à déjouer les pièges gravitationnels qui vous attendent. Chaque bosse, chaque rampe inclinée, chaque petit interstice est placé avec l’intention malicieuse de vous renvoyer, avec une ironie cinglante, tout en bas. C’est un jeu où la physique règne en maître, tout comme un vrai flipper, mais ici, la gravité n’est pas une force neutre ; elle est le bourreau principal, applaudissant silencieusement chacune de vos rechutes.


🎶 Le Contraste Absurde : La Bande-Son de la Torture Douce
La tension sérieuse imposée par la difficulté est parfaitement contrebalancée par une ambiance sonore qui est la quintessence de l’humour noir et de la moquerie bienveillante.
Musique Douce et Narration Apaisante
Alors que votre précieuse bille s’élance vers un précipice fatal, et que votre cœur bat la chamade entre frustration et rage pure, le jeu vous administre un soin palliatif auditif. Attendez-vous à une musique relaxante, digne d’un spa de luxe, et surtout, à une narration douce et apaisante. Loin de vous calmer, cette voix off ne fera qu’amplifier votre dissonance cognitive. Chaque chute sera commentée avec une sagesse feinte et une bienveillance moqueuse : « Oh, c’est dommage. Vous aviez pourtant l’air si concentré. Peut-être qu’un peu plus de patience sera nécessaire la prochaine fois, cher champion. » Cette politesse forcée est l’une des armes psychologiques les plus efficaces du jeu.
Les Checkpoints : Pour les Âmes Sensibles (ou les Lâches Glorieux)
Si vous n’êtes pas prêt à endosser l’intégralité du traumatisme psychologique – le fameux « Hours of hand-crafted suffering » promis – le jeu propose des checkpoints optionnels. L’équipe de développement affirme avec désinvolture : « Nous ne jugeons pas. » Mais le jeu lui-même se charge de murmurer à votre conscience que vous avez opté pour la voie facile. Ces points de sauvegarde sont le bouton panique qui permet à ceux qui aiment leur gloire à bon marché d’avancer sans vivre la descente aux enfers totale. C’est l’équivalent vidéoludique d’utiliser une bouée dans le grand bain, mais le nageur olympique qui est en vous saura la vérité.


🏆 Au Sommet : Gloire, Félins et Doute Existentiel
Le but ultime dans A Pinball Game That Makes You Mad n’est pas de battre un score, mais de vaincre le jeu lui-même, de devenir un véritable Pinball Wizard capable de maîtriser ses propres nerfs malgré le désir évident du jeu de vous briser.
L’ascension du dédale promet des heures de souffrance artisanale (oui, c’est une fonctionnalité vendue comme un argument), mais aussi une récompense légendaire : un cadeau génial (awesome gift) au sommet. Qu’est-ce que ce cadeau ? Une nouvelle perspective sur la vie ? Un diplôme en gestion de la colère ? Plus probablement un t-shirt virtuel qui dit : « J’ai survécu, mais à quel prix ? »
Et pour couronner le tout, il y a des thèmes déverrouillables. Car après avoir conquis vos démons intérieurs et battu un jeu qui vous hait, quoi de plus logique que de réclamer votre dû sous la forme… d’un flipper en forme de chat ? (Ce point reste le plus grand mystère du jeu.) Ces thèmes permettent de personnaliser votre expérience post-traumatique et de prouver au monde que vous avez été au bout de l’absurdité.



A Pinball Game That Makes You Mad est une expérience incontournable pour les masochistes du jeu vidéo, les adeptes de Foddy, ou quiconque a besoin de se défouler en hurlant contre l’injustice d’une physique programmée. Il ne demande rien d’autre que votre temps, votre sang-froid, et votre capacité à persévérer quand tout, y compris votre propre esprit, vous pousse à l’abandon.
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