Oubliez vos jump-scares habituels en 4K. Le duo derrière Judero et Mashina revient pour nous traumatiser avec du stop-motion, des prothèses gores et un séjour en centre de cure qui donne envie de rester dépressif chez soi. Bienvenue à St. Boniface.
Si vous pensiez que le stop-motion était réservé aux films d’animation mignons de votre enfance ou aux clips expérimentaux un peu perchés, le studio Talha & Jack Co est là pour briser vos certitudes (et probablement quelques-unes de vos vertèbres). Le duo vient d’annoncer officiellement ABIDE, un titre d’horreur extrême à la première personne qui promet d’être aussi magnifiquement artisanal qu’absolument insoutenable. Développé spécifiquement pour la plateforme PC, ce projet se veut une expérience viscérale où chaque texture de peau et chaque goutte de sang a été sculptée à la main avant d’être immortalisée par l’objectif.




🏥 Une thérapie de groupe… dont on ne ressort pas (vivant)
Le pitch est aussi simple qu’inquiétant : vous êtes envoyé au St. Boniface Retreat, un centre de cure niché dans un cadre « idyllique » mais terriblement isolé. L’établissement se vante d’utiliser des « techniques thérapeutiques curieuses » et expérimentales pour réhabiliter ses résidents, un ramassis de criminels, de marginaux et d’âmes perdues. Spoiler : quand on parle de « réhabilitation » dans un jeu de Talha Kaya et Jack King-Spooner, cela n’implique généralement pas des tisanes à la camomille et des coloriages zen. Vous devrez naviguer dans cette microsociété étrange, tout en sachant que le moindre faux pas hors des sentiers battus pourrait révéler une vérité bien plus sombre que votre propre psyché.
Le jeu se divise en deux phases distinctes, car le traumatisme, c’est bien mieux quand c’est structuré méthodiquement :
- Le Jour : « Faisons connaissance (avant que ça dégénère) » C’est le moment de l’enquête, du socializing forcé et de la paranoïa discrète. Vous participez à des séances de thérapie de groupe, vous discutez avec les autres résidents pour gagner leur confiance et vous observez les routines de la communauté. C’est ici que l’intrigue se tisse : l’ambiance est lourde, psychologique, et chaque dialogue est une chance de dénicher un indice crucial. La tension est palpable, mais les menaces restent encore invisibles, tapies derrière les sourires polis du personnel.
- La Nuit : « Cours pour ta vie (ou ce qu’il en reste) » Dès que le couvre-feu sonne, ABIDE change radicalement de visage. Les couloirs familiers deviennent des labyrinthes de terreur. Ici, les dangers sont physiques, brutaux et imprévisibles. Pour obtenir des réponses et accéder aux zones verrouillées le jour, vous devrez vous infiltrer, espionner et surtout survivre. On nous promet des bruits de succion, des ombres déformées, des apparitions fugaces et des horreurs « concrètes ou imaginées » qui ne vous lâcheront pas d’une semelle.


🎨 Pourquoi ABIDE va vous donner des cauchemars en argile ?
La véritable force de frappe du studio réside dans son esthétique radicale et son refus du tout-numérique. Tout dans ABIDE est fabriqué à la main avec une patience qui frise l’obsession. Les personnages ne sont pas des modèles 3D lisses, mais de véritables poupées à articulations sphériques (ball-jointed dolls) conçues par des artistes de talent. Chaque visage est peint avec des couches successives d’acryliques de modélisme, créant des expressions figées mais d’une intensité terrifiante. Les textures de peau sont imparfaites, poreuses, presque humaines. Les décors, quant à eux, sont des maquettes physiques réelles, construites avec des matériaux bruts et scannées avec une précision millimétrée pour conserver ce grain si particulier.
Le résultat ? Une « vallée de l’étrange » (uncanny valley) poussée à son paroxysme. C’est viscéral, c’est tactile, et cela rend les effets de gore prothétique bien plus dérangeants que n’importe quel moteur graphique ultra-réaliste. On sent littéralement la matière — la résine, l’argile, le silicone — ce qui confère à chaque blessure infligée aux modèles une réalité troublante. La lumière, capturée lors de l’animation traditionnelle, projette des ombres d’un noir d’encre qu’aucun algorithme ne saurait reproduire avec une telle menace.
Pour nourrir cette ambiance unique, les développeurs invoquent des influences de très bon goût et d’une noirceur absolue :
- Le cinéma Giallo italien : Pour son esthétique saturée, ses angles de caméra impossibles et sa mise en scène du meurtre comme un acte artistique.
- Le Splatterpunk : On retrouve l’influence des romans de Clive Barker ou Poppy Z. Brite dans cette volonté de montrer la chair dans ce qu’elle a de plus cru et de plus sacré.
- Les peintures de Ken Currie : Les visages déformés et les corps malades de l’artiste écossais hantent visiblement le design des résidents de St. Boniface.
- L’horreur Lo-Fi d’Asie de l’Est : Pour ce sentiment constant de malaise et l’utilisation de bruits de fond oppressants issus du cinéma d’horreur japonais et coréen des années 90/2000.
En gros, c’est un cocktail détonnant et hautement inflammable qui assure que vous ne regarderez plus jamais une poupée sans vérifier fébrilement si elle ne cache pas un scalpel rouillé derrière son dos ou si son regard fixe ne vous suit pas dans la pièce.

💰 Kickstarter : Payez pour être transformé en cadavre
Le studio a lancé une campagne de financement sur Kickstarter avec un objectif initial de 25 000 £ (environ 30 000 €). Pourquoi passer par le financement participatif ? Parce que l’industrie du jeu vidéo moderne souffre d’une forme de censure, parfois subtile, parfois flagrante, envers les titres classés « Mature ». Talha & Jack Co refusent de polir les angles ou d’édulcorer leur vision pour plaire aux algorithmes des grandes boutiques en ligne. En passant par la communauté, ils s’assurent une liberté créative totale et sans compromis.
Les récompenses sur Kickstarter sont à la hauteur de la folie ambiante : en plus des copies numériques, de la bande-son originale aux accents analogiques et de l’artbook, les paliers les plus élevés proposent des options savoureuses. Vous pouvez par exemple être modélisé directement dans ABIDE sous la forme d’un cadavre gisant dans un couloir. Enfin une opportunité de carrière sérieuse et pérenne pour votre CV ! La campagne dure 30 jours et se terminera le 28 février.
📋 Ce qu’il faut retenir (entre deux crises de panique) :
- Genre : Horreur extrême en stop-motion / Enquête psychologique.
- Style : Gore prothétique, poupées artisanales, doublage intégral par un casting talentueux.
- Gameplay : Cycle Jour/Nuit dynamique avec des choix moraux ayant un impact réel sur la fin et les secrets découverts.
- Plateformes : Disponible sur PC.
- Financement : Campagne Kickstarter active jusqu’au 28 février 2026.
- Sensibilité : Conscient de la noirceur du projet, le studio a consulté des thérapeutes cliniques pour s’assurer que les sujets sensibles soient traités avec la justesse nécessaire, sans gratuité inutile.




Si vous avez aimé l’étrangeté poétique de Judero, ABIDE semble en être l’évolution logique et brutale : plus sombre, plus sanglant et encore plus artisanal. On a hâte de voir si l’on peut réellement survivre à St. Boniface, ou si l’on finira tristement en tas de pâte à modeler sur le carrelage froid de la cuisine
La campagne sur Kickstarter est ouverte dès maintenant. Soutenez-les, ou la poupée viendra vous chercher personnellement pour votre prochaine séance de thérapie.
Share this content:
About The Author
En savoir plus sur La Pause Geek
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
