Préparez vos mouchoirs, votre thé le plus réconfortant, et un carnet pour noter où vous avez laissé vos clés. Le monde du jeu vidéo s’apprête à accueillir une œuvre qui s’annonce aussi émouvante que déstabilisante : « As Long As You’re Here ». Oubliez les quêtes génériques, les scores à battre, et les inventaires surchargés. Ce titre, dont la sortie est prévue sur Steam le 28 octobre, est une œuvre narrative intime qui nous plonge dans le quotidien d’Annie, une femme confrontée à la maladie d’Alzheimer.
Ce jeu ne cherche pas à divertir au sens classique du terme ; il cherche à faire ressentir. C’est une plongée mature et respectueuse dans les affres de l’oubli, vue à travers le prisme d’un déménagement forcé. En choisissant une perspective souvent marginalisée – celle de la personne atteinte de démence – la créatrice Marlène Delrive nous propose une expérience de simulation d’empathie unique. Attendez-vous à un voyage où la réalité est un élastique tendu, prêt à se rompre, et où l’humour ne peut être trouvé que dans l’absurdité poignante de la confusion.



Quand le soin devient un aller-retour 🔄
Le cœur de « As Long As You’re Here » réside dans le changement de rôle qu’impose la maladie. Annie, qui fut pendant des décennies le pilier de sa famille, se retrouve en position de dépendance après avoir quitté sa maison de toujours. Ce renversement des rôles de soignants est le moteur central du drame familial. Le jeu nous place directement dans la tête d’Annie grâce à une perspective à la première personne (un choix d’autant plus puissant qu’il rend la confusion immédiatement personnelle et claustrophobe).
En tant que joueur, vous partagez sa détresse, son isolement social et l’immense vague de vulnérabilité qui l’emporte. L’acte de déballer des cartons dans son nouveau logement devient un voyage archéologique mental. C’est à ce moment précis que le passé saigne (au sens littéral du terme, parfois) dans le présent : les murs se souviennent, les objets ne sont plus à leur place, et les images de son frère décédé (une autre source de chagrin et de regret) et des maisons de son passé se superposent à la réalité. On se retrouve à chercher un objet dans une cuisine qui, l’instant d’après, redevient le salon d’il y a quarante ans. Bravo, vous avez perdu la tête ! (Mais c’est pour l’art.)
Cette mécanique narrative n’est pas qu’un simple artifice : elle est une réflexion subtile et profonde sur ce que peut être la vie avec la démence, ainsi qu’une histoire plus large sur le regret des choses non dites, l’état d’être « en transit » permanent (physiquement et mentalement), et les relations complexes et souvent tendues entre frères et sœurs.

L’histoire d’un prototype acclamé ⭐
Derrière cette œuvre se cache une histoire tout aussi poignante. « As Long As You’re Here » est né d’un lieu extrêmement personnel. Après avoir perdu sa grand-mère des suites de la maladie d’Alzheimer, la créatrice Marlène Delrive a entrepris ce projet comme une catharsis, un moyen de processus de deuil et, surtout, une tentative d’appréhender le monde tel que sa grand-mère le percevait dans ses dernières années.
Initialement conçu comme un modeste projet étudiant de huit semaines, le prototype a connu un succès absolument vertigineux qui a légitimé sa transformation en version intégrale :
- Plus de 13 500 téléchargements sur la plateforme itch.io.
- Plus de 7 millions de vues de vidéos de gameplay et de let’s plays sur YouTube (oui, même les gens qui regardent des jeux avec des têtes de mort ont été touchés).
- Une nomination prestigieuse pour le prix du Meilleur Jeu Étudiant lors du Festival des Jeux Indépendants (IGF) 2020.
Ce succès prouve que le public est avide d’expériences narratives qui osent aborder des sujets difficiles avec une telle finesse et une telle honnêteté.


Petit, mais incroyablement dense 🤏
Le jeu n’a pas besoin d’être un mastodonte pour laisser une marque indélébile. Voici les aspects qui en font une œuvre singulière :
- Short & Subtle (Court et Subtil) : C’est une expérience conçue pour être complétée en une seule session – un choix délibéré qui concentre l’impact émotionnel et reflète l’intensité concentrée de l’état d’Annie.
- Intimement Personnel : L’authenticité est maximale. Le récit s’inspire de récits réels et intègre de véritables photos des membres de la propre famille des développeurs (dont certains étaient touchés par la maladie). On n’est pas dans la fiction pure, mais dans l’hommage vibrant.
- Story Rich (Riche en Récit) : L’exploration se fait par la découverte. Le joueur reconstitue la vie d’Annie en interagissant avec des dialogues qui peuvent parfois être incohérents, des mementos chargés de sens, et des lettres du passé. Il faudra démêler les tensions profondes et la dynamique tendue qui existent entre les différents membres de la famille.
- Subversive Vignettes (Vignettes Subversives) : C’est le cœur du gameplay mental. L’environnement physique autour d’Annie se déforme et se reconfigure en temps réel. Le joueur doit faire appel à sa propre mémoire et à son sens de l’observation pour comprendre ce qui est réel et ce qui est un souvenir. Attention : si vous vous trompez, vous perdez la partie… et votre assurance-vie.
- Immersive Audio & Original Music : L’ambiance sonore est primordiale pour créer cet état de confusion et de nostalgie. L’audio immersif et la musique originale sont là pour accompagner l’errance d’Annie et amplifier la mélancolie sous-jacente du récit.

« As Long As You’re Here » n’est pas un jeu que l’on finit, c’est une histoire que l’on vit intensément. Le rendez-vous est pris sur Steam le 28 octobre pour une expérience qui promet de vous interroger sur le prix de la mémoire. Si vous cherchez un jeu pour vous changer les idées, choisissez un autre titre. Si vous cherchez un jeu pour vous changer vous-même, ne cherchez plus.
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