Oubliez la gestion complexe de l’endurance qui vous laissait essoufflé face à un Fiellon, les huiles de monstres à concocter méticuleusement avec la précision d’un apothicaire maniaque et les dizaines d’heures passées à galoper sur le dos d’Ablette dans les plaines désolées de Velen. Le 25 février prochain, le Continent s’apprête à subir une mutation génétique plus inattendue qu’une malédiction de strige : l’univers sombre et mature de CD Projekt Red tient désormais dans la paume de votre main. Ici, votre destin de Sorceleur ne dépend plus de vos réflexes à l’épée, mais uniquement d’un glissement de pouce, à gauche ou à droite, sur l’écran de votre smartphone ou sur votre bureau.
Nerial, Devolver Digital et CD PROJEKT RED viennent de lâcher les goules dans le poulailler : Reigns: The Witcher arrive sur PC et mobiles. Préparez-vous à une expérience où l’histoire de Geralt de Riv ne sera plus écrite uniquement avec le sang de ses ennemis (bien qu’il y en aura toujours un peu pour la forme), mais sera rythmée par les vers mélodieux d’un barde un poil trop enthousiaste, les caprices de la fatalité et les rimes parfois douteuses de Jaskier. C’est une véritable déconstruction du mythe du Loup Blanc : on troque l’action viscérale pour une narration satirique où le moindre faux-pas peut mener à un scandale de cour ou à une mort aussi stupide qu’épique.


🎶 Jaskier aux commandes : La légende (très) romancée
La première surprise — et sans doute la plus savoureuse pour les amateurs de sarcasme — vient du narrateur. Dans ce nouvel opus de la saga swipe’m up à succès, ce n’est pas le Loup Blanc qui grogne ses réflexions métaphysiques dans sa barbe grise, mais son fidèle, exubérant et parfois insupportable compagnon, le barde Jaskier. Ce changement de perspective est loin d’être un simple détail cosmétique : il redéfinit entièrement la structure de votre aventure. Jaskier ne se contente pas de relater des faits ; il est le filtre à travers lequel le monde de Reigns: The Witcher prend vie, avec toute la mauvaise foi et l’ego démesuré d’un poète en quête de reconnaissance.
Ce choix narratif change tout : Jaskier ne se contente pas de raconter, il enjolive, il exagère et il dramatise chaque situation pour satisfaire son public et gonfler sa propre importance. Sous sa plume trempée dans l’hydromel, la moindre escarmouche contre un Noyeur dans une flaque de boue devient une épopée lyrique digne des plus grands rois, où Geralt n’est plus un mutant mercenaire mais un chevalier étincelant. Chaque séance de relaxation dans la moiteur d’un bain, habituellement silencieuse, se transforme ici en une ballade romantique aux strophes fleuries et aux sous-entendus grivois, transformant l’intimité du Sorceleur en spectacle public.
C’est ici que le génie du concept de Reigns: The Witcher opère : vous incarnez Geralt, mais vous êtes prisonnier du récit d’un autre. Vous subissez les conséquences de ses embellissements poétiques. Si Jaskier décide qu’une négociation avec une sorcière doit être un duel de charisme, vous devrez swiper en conséquence. Autant dire que si vous finissez empalé sur une fourche de paysan après un mauvais choix ou dévoré par une guenaude au fond d’un bois, Jaskier ne laissera pas la réalité gâcher une bonne chanson. Il trouvera sûrement une rime riche pour rendre votre trépas « artistique », tragique et mémorable dans toutes les tavernes de Novigrad, quitte à mentir effrontément sur les circonstances de votre disparition pour s’assurer un rappel à la fin de son set.

⚖️ Ni de gauche, ni de droite : L’art délicat de la neutralité
Le gameplay reste viscéralement fidèle à l’ADN qui a fait le succès de la série sur PC, iOS et Android : une carte centrale représentant un personnage ou un événement, un dilemme moral ou politique, et deux directions possibles représentées par un simple balayage. Glissez vers la gauche pour accepter ce contrat de sorceleur aux termes financiers douteux, glissez vers la droite pour envoyer paître ce villageois en colère un peu trop insistant sur la disparition de sa chèvre.
Mais attention, l’équilibre est plus précaire qu’un pont suspendu à Kaer Morhen par un jour de tempête. Dans l’univers de The Witcher, la neutralité est un luxe qui se paie souvent au prix fort et l’ombre du « moindre mal » plane sur chaque décision. Entre les complots de cour feutrés où les sourires cachent des dagues, les sorcières aux tempéraments volcaniques (dont les incontournables Yennefer et Triss) et les conspirations politiques qui déchirent le Continent, chaque décision aura des conséquences immédiates, systémiques et parfois totalement imprévisibles sur les quatre piliers de votre survie. Un glissement maladroit vers la noblesse pourrait enrager un groupe de mages influents, tandis qu’une décision trop clémente envers les paysans locaux pourrait vous plonger jusqu’aux genoux dans une marée de monstres affamés que personne n’a payé pour chasser.
« Un simple mouvement du doigt peut vous valoir les faveurs éternelles d’une duchesse ou une mort atroce, seul et oublié, au fond d’un marécage poisseux. C’est ça, la vie de Sorceleur selon Jaskier : un mélange de gloire éphémère et de boue bien réelle. »



🐺 Des caméos, du sang et des mini-jeux inédits
Que les fans se rassurent, le fan-service est intégré avec une intelligence rare et un respect profond du matériau d’origine. Au fil de vos parties sur PC ou mobile, vous croiserez les figures emblématiques qui ont forgé la légende du sorceleur : le sage et bourru Vesemir pour les conseils paternels (souvent suivis de remontrances sur votre gestion de l’argent), ainsi que les alliés, amants et ennemis les plus célèbres de Geralt. Sous la plume de Jaskier, même la corvée la plus banale, comme nettoyer une cave infestée de rats-garous, devient une quête mythique impliquant des forces occultes… ou un désastre légèrement exagéré selon l’humeur changeante du poète.
Le jeu ne se contente pas de faire défiler des cartes statiques. Pour briser la routine du barde, le Loup Blanc devra tout de même faire son métier de temps à autre. Des mini-jeux de combat tactiques contre des goules, des spectres et d’autres monstres en état de pourrissement avancé viendront ponctuer l’aventure. Ces segments apportent une tension bienvenue, prouvant que même dans un jeu de cartes épuré, on peut avoir du sang sur les mains, des trophées à la ceinture et une épée d’argent qui ne demande qu’à servir.

🎤 Le rappel du Barde : Façonnez votre propre saga
Reigns: The Witcher propose également une dimension méta-narrative inédite et particulièrement profonde : vous n’êtes pas seulement un acteur de l’histoire, vous êtes le co-auteur du répertoire personnel de Jaskier. Des tavernes enfumées et malfamées de Wyzima aux villages les plus reculés et venteux de l’archipel de Skellige, vous êtes invité à développer activement les futurs succès du barde. Vous pourrez interpréter ses derniers « tubes » devant des foules parfois hostiles, revisiter les contes folkloriques les plus sombres pour en faire des récits totalement inédits et façonner la saga du Loup Blanc comme bon vous semble, quitte à sacrifier la vérité sur l’autel du spectacle.
Le jeu offre des milliers de combinaisons narratives permettant au drame le plus poignant de côtoyer l’absurde le plus total, comme jamais auparavant dans la franchise. Chaque choix devient une rime, chaque swipe une strophe. Allez-vous nourrir votre légende héroïque en sauvant des orphelins au péril de votre vie (au risque de finir totalement fauché et sans équipement) ou simplement tenter de ne pas vous noyer lors de votre prochaine rencontre fortuite avec un monstre aquatique parce que vous avez glissé du mauvais côté par pure cupidité ?
Chaque partie est une nouvelle chance de « corriger » l’histoire officielle, de transformer un échec cuisant en un acte de bravoure mal compris, ou de rendre la saga de Geralt encore plus loufoque et imprévisible. Dans tous les cas, c’est Jaskier qui dirige cet orchestre dégingandé qu’est la fatalité, et vous n’êtes que l’instrument (parfois réticent) de son inspiration débordante.



💰 Verdict de la taverne
Pour la modique somme de 5,99 €, Reigns: The Witcher promet une rejouabilité immense. Avec ses multiples embranchements, ses embellissements constants et son humour grinçant, le titre offre une perspective rafraîchissante et pleine d’esprit sur l’un des héros les plus iconiques du jeu vidéo moderne. C’est le jeu idéal pour des sessions courtes mais intenses, où l’on se surprend à dire « allez, encore un dernier contrat avant de dormir ».
Que vous soyez un fan hardcore ayant terminé Wild Hunt dix fois ou un néophyte curieux de voir comment un sorceleur survit à une rime pauvre et à un swipe malheureux, rendez-vous le 25 février sur PC, iOS et Android.
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